Au détour du chemin, parfois …

Des souvenirs de Brechin and Edzell là, au détour d'un chemin, entre St Mimiche et Forcalquier.

… on retrouve de vieilles correspondances

L’une était dans l’hiver 2021 en Ecosse.

L’autre était en été 2026 en Provence.

2000 Km et 13 parallèles d’écart  

Entre Forcalquier et Saint Mimiche, plein de chemins. Je suis à la recherche d’une route cyclable alternative pour faire ces trajets qui peuvent se multiplier dans la semaine, comme par exemple pour déposer vos très importantes petites commandes au relais colis à Forcalquier. C’est pas énorme, 15 km entre les deux, une vingtaine de minutes par la route avec des pédales.

Mais c’est aussi la route d’Avignon et d’Apt, celle des confins de l’Ouest du département, celle des gens qui roulent beaucoup et vite. Celle des camions de maraichage qui rapprochent la vallée de la Durance de la vallée du Rhône. Lyon, Montpellier et Paris ne sont pas si loin, ma foi. Donc une route pas forcément fort agréable aux heures de pointe, surtout lorsqu’on est sur un petit vélo surnommé « Le Petite Reine » par quelques écossais éclairés (tiens, je vous ai pas raconté que les gens d’outre-manche, non contents de rouler du mauvais côté de la route, ils inversent les freins des vélos ? Non ? Eh bien c’est fait. Le Petite Reine a les freins inversés. Je ne le prête pas. Et vous savez maintenant pourquoi. Voilà.)

Et donc l’autre jour, je suis allé posté une selle de vélo pour Ida (qui est à Lyon et qui s’est fait piquer sa roue avant et sa selle de vélo, mais on a retrouvé la roue avant posée juste à côté – une oeuvre intitulée « Le Remords » par les gens du quartier). Aller par la Route, retour en essayant par l’oratoire d’Aiguiou après le château de Sauvan (pas très beau, mais je ne vous raconterai pas les fouilles de sauvegarde sous ses jardins « à la française » – il faudrait que j’aille les voir d’ailleurs, je ne les connais que défoncés par des tranchées archéo-géomorphologiques).

Donc bref, quand on pédale, on se raconte plein d’histoires. Et là je tourne, la piste n’est pas revêtue. Avec mon Petite Reine, on avance en cahotant, casque de traviolle sur l’oeil droit au bout de 15 mètres. Après m’être battu avec le casque et les gravettes – et accepté rapidement ma défaite – je vois sur la droite (c’est très à droite par ici) la tour de Invermark Castle. Juré. Sauf que j’étais tombé dans mes souvenirs d’écosse et non là, ici et maintenant, sous la tour de Porchère.

J’ai p’têt fait un malaise vagal, va savoir.

Mais non. Par contre, la ressemblance est édifiante avec cet édifice pas particulièrement léger et riant de vie. Les gens, à l’époque (XIeme Siècle quand-même), iels savaient construire dans l’allégresse et l’ornementation, ça c’est sûr. On se demande s’iels n’avaient pas déjà peur des Sarrasins. Des racines xénophobes profondes par ici, finalement. Quand iels parlent de « sauvegarder leur terroir », on comprend de suite ce qui les rends autant mélancoliques et de quoi iels rêvent la nuit.

Personnellement, au détour de ce chemin, j’ai rencontré un souvenir important. Celui de cette balade dans le vallon de Glen Esk et la découverte, après la tour d’Invermark, de ce lac gelé, le Loch Lee. La glace fendait dans les sons mélodieux de l’infra-monde, on marchait en rigolant sur la piste enneigée, contents d’être là et de découvrir un lieu si exotique. Nous étions en Ecosse, établis à Forfar depuis deux semaines seulement. Tout était découverte: la langue, les gens, la culture, l’air, le vent, la lumière, la neige du Grand Nord, les Lochs aux eaux gelées, les rivières aux eaux noires, la ville, les Cairngorns, la nuit…

…des souvenirs qui déferlent sans crier gare. 


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