半筒形, ça c’est du bol

半筒形 (Han Tsutsu) : LE bol raku pour le thé.

Vous avez cette image mentale de bol traditionnel japonais pour la cérémonie du thé ? Tenu à deux mains par une femme que se tient assise sur ses genoux (aïe) ? Oui, c’est exactement ça : un récipient très simple, brut, inégal, sans anse. Il paraît lourd, épais, très lisse. Il est mat ou brillant, mais jamais trop brillant ou trop mat. Il est cylindrique mais inégal. Son pied est un mystère qui le fait léviter sur la table, mais qui permet de le prendre à deux mains sans toucher la surface du tablier. Son polissage lui confère un galbe inégalable, et son épaisseur le rendra chaud mais ne brûlera jamais les tendres mains.

Aujourd’hui, pour changer un peu, nous nous sommes lancés dans un apprentissage délicat : créer un bol cérémoniel. Il se raconte, comme vous l’avez lu sur notre page dédiée, que la fabrication comme l’utilisation du bol amène à un état tranquille et méditatif, zen.

Dans ces conditions, impossible d’utiliser le tour. Impossible de rester debout. On s’assoie donc, après avoir assoupli (mais pas trop) la terre, et on va se trouver une position confortable devant la plan de travail. Et là, de la boule d’argile pesée, chacun sa manière d’amener le récipient à exister. Alexandra préfèrera travailler sur la girelle, Clément sur ses genoux. Et il est vrai que le silence se fait très vite, et, j’avoue, que les sens s’éveillent: la terre fraiche et humide, un peu collante dans les mains, le pouce qui creuse le trou premier, puis les mains qui suivent leurs mouvements comme si elles savaient. La terre se réchauffe lentement, s’affine sous les doigts.

Le bol devient, la terre s’exprime.

En quelques minutes, deux bols sont nés, tout chauds et humides, comme sortis de nos entrailles. Un petit cordon pour faire le pied, ou un médaillon selon la personne et hop, le voici posé et mesuré (les dimensions sont importantes). Les objets sont totalement différents l’un de l’autre, mais similaires dans leur forme globale. Ils sont comme des expressions d’individualités brutes… Courbes, creux, vagues, bosses, lignes pas vraiment droites, pas symétriques mais pourtant… si.

Mais ce n’est pas suffisant. Les jeunes objets doivent prendre l’air, s’oxyder un minimum, sécher. Ils doivent prendre leur premier souffle pourrait-on dire, une fois le cordon coupé. Posés là, sur la planche, à côté du chat qui dort, ils se reposent et très rapidement vont atteindre la texture idéale pour continuer. Quand je dis très rapidement, il s’agit tout de même de quelques heures.

La deuxième phase du modelage réside dans l’affinage. On utilise les outils de notre choix pour frotter, gratter et enlever des portions de terre encore trop saillantes. Le bol est allégé, et trouve une forme plus régulière, bien droite, bien élevée… mais reste inégale et irrégulière. La terre, même sous le joug de l’outil, continue de s’exprimer. On sen bien que par endroits, tout autour du cylindre, elle s’exprimera jusqu’à la fin, coûte que coûte. La concentration est à son comble, nous respirons.

La troisième et dernière phase du modelage, c’est le polissage. On retombe dans un rythme calme et doux. La terre et son bol prennent une teinte sombre et un aspect brillant. La pierre frotte, la main donne le mouvement à la pierre, la terre sous la pierre répond. L’ensemble est frais, l’eau continue de s’extirper des pores pourtant volontairement fermés par l’action du polissage. En une vingtaine de minutes, on sort de notre léthargie pour admirer ce que la terre a fait avec nos mains.

Un putain de bol.

Hors de l’espace et du temps.

Réponse

  1. Avatar de Sofiane
    Sofiane

    Ah oui, quand même, ces bols sont magnifiques ! On a hâte de les voir après cuisson, vous nes montrerez ?

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